
Loin de moi l’idée que par ce simple texte, je puisse donner une définition de l’éveil. Y en a-t-il seulement d’ailleurs ? J’ai le souhait très simple de poser mes / des / quelques mots sur une question qui m’est régulièrement posée.
L’éveil semble être l’ultime point d’arrivée de toute démarche ou quête spirituelle. Étrangement, lorsqu’on l’atteint – ou faudrait-il plutôt dire, lorsqu’on est L’Éveil car l’éveil n’est pas une destination ou un lieu mais un état – il perd totalement son sens. Ce qui devient la chose la plus importante est l’expérience de ce qui est, de la réalité.
La différence entre l’avant et l’après éveil est que, conscient de sa nature, l’être éveillé goûte chaque instant de son expérience de la densité et non seulement la sienne mais aussi celle de chacune des perspectives qui traversent son environnement (j’entends par perspective mon expérience de la réalité, la vôtre, celle du chien que j’entends aboyer, celle de la table sur laquelle j’écris, celle de l’arbre que je vois par ma fenêtre…).
L’éveillé ne fait plus de différence entre lui et les autres, entre lui et ce qu’il perçoit par les sens; il a une conscience très large du Soi. Il Est. Peu lui importe alors d’être éveillé ou pas, d’être quelque chose ou pas, d’être quelqu’un ou pas. Il sert la Conscience par sa simple existence. l’Éveillé ne cherche plus rien et comprend qu’en s’étant éveillé, il n’est arrivé nulle part car il n’y a nulle part où arriver. Au contraire, quelque chose en lui devient statique, dans le présent absolu. Non pas le moment présent qui représente un temps dans l’espace, dans la linéarité mais dans l’Éternel présent. Il aimerait dire à ceux qui l’interrogent sur l’éveil que ce ne devrait pas être la quête de l’être qui a le désir de servir la conscience car l’éveillé sait que tout être est déjà éveillé, que tout être sert déjà la Source, qu’il le veuille ou non, qu’il le sache ou non. La seule préoccupation du chercheur devrait être de devenir pleinement en accord avec ce qui est vécu car, de toute façon, la Conscience se vit à travers lui. C’est très exactement cela que fait l’être éveillé. Lorsqu’il mange, chaque bouchée est mâchée avec la conscience de servir la Source et son expérience d’elle-même, lorsqu’il est assis, il a conscience du canapé sur lequel son corps est assis, il observe ses sensations, celle du canapé. Il ne fait pas la différence entre les expériences vécues : la main dirigée vers le verre d’eau a autant d’importance que celle tendue vers un enfant. Tout instant devient précieux, précieux non pour lui mais pour l’ensemble, pour la Source.
Bien souvent, le désir d’éveil est mû par la volonté de ne plus souffrir. Ce ne sera pas le cas. La souffrance fera partie de l’expérience tout autant que la joie. La différence entre l’avant et l’après éveil est que la souffrance sera vécue non pas de l’intérieur (statut de victime) mais de l’extérieur (poste d’observation). L’humanité ou le corps émotionnel de l’être éveillé souffrira mais la Conscience de l’être éveillé retira l’essence, l’information, de l’expérience.
Bien sûr, il y a lieu de développer plus longuement mais ma réponse à cette question lorsqu’elle est posée est celle-ci : ne croyez pas que les êtres éveillés ne se trouvent que dans les ashrams, ont médité pendant 20 ans, ont connu l’illumination puis que leur vie s’est radicalement transformée. La réalité est qu’il existe partout dans le monde des êtres éveillés qui n’ont jamais médité. Leur sagesse vient du fait qu’ils ont conscience de la préciosité de chaque instant, de chaque être, de chaque pensée, de chaque geste, de chaque jour et qu’ils Vivent. Ils n’attendent rien pour vivre, ils vivent. Ils vivent et ils contemplent la vie depuis leur perspective. Et même le terme de sagesse ne convient pas car il enferme ces êtres qui sont en réalité comme des enfants émerveillés, conscients qu’ils ne savent rien et sont en permanence dans la découverte. Lorsqu’ils regardent le ciel, c’est eux qu’ils voient, lorsqu’ils regardent l’arbre, c’est eux qu’ils voient, lorsqu’ils regardent le bitume, c’est eux qu’ils voient. Pas le Eux ego mais le Eux divin, celui qui est déjà dans l’Unité. Ah ! Comme chaque chose sur laquelle ils posent le regard est belle, elle est Dieu, elle est Eux…
Lorsqu’une personne me dit qu’il y a quelque chose de plus grand à l’œuvre, cette chose ne réside pas loin là-bas dans une dimension atteignable que par certains élus. Cette chose n’est même pas en nous. Cette chose est nous. Nous avons le choix de croire à cela et nous nous éveillons. Ou nous avons le choix de penser que c’est loin de nous et nous restons sur le bas-côté du chemin pendant que la vie passe et repasse en nous, espérant qu’un jour nous la voyons pour ce qu’elle est : de l’expérience, de la connaissance de Soi, de la joie pure.